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The Forbidden Zone

Performance "live cinéma"

Quand j'ai entendu parler de cette performance lors des infos (d'Arte bien sur), elle m'a de suite intriguée. Le concept me semblait grandiose ! Mélanger théâtre et tournage de film sur un sujet historique et dramatique.

The Forbidden Zone" mis en scène par Katie Mitchell rend hommage aux femmes des deux guerres mondiales.

 

La mise en scène

Imaginez : une scène de théâtre avec des décors et des comédiens. Pour l’instant rien de plus banal, me direz-vous. Mais si je rajoute que les décors sont une rame de métro, derrière elle, trois pièces ouvertes afin que le spectateur puisse voir l’intérieur. Si je vous dis également que les acteurs-comédiens sont filmés et que ce film, de qualité cinématographique, est projeté en direct sur un grand écran au dessus de la scène… ça donne plutôt envie n’est-ce pas ?

 

Le making of de The Forbidden Zone :

Spectatrice bouche bée

J'ai eu le plaisir de voir cette œuvre à Berlin.  J’ai été impressionnée par ces cameramans qui couraient d’un bout à l’autre de la scène sans se prendre les pieds dans les câbles des cinq caméras et des lumières qui jonchaient le sol. Cette synchronicité entre les comédiens, les cameramans, les techniciens derrières leurs consoles, la bande son et la lumière me laissait bouche bée. Mes yeux ne savaient plus où regarder entre le jeu des comédiens sur scène, les techniciens, l’écran de cinéma et les sous-titres des fois anglais et des fois allemand... Ce qui m'a posé des difficultés pour comprendre l'histoire. Mais même avec cette incompréhension, je peux qualifier cette œuvre comme la plus époustouflante performance que je n'avais jamais vue !

 

(...) l’on suit aussi le ballet des techniciens occupés à tourner et à réaménager sans cesse les yeux. Il y a dans tout ce dispositif une fluidité qui fascine autant que l’excellence des acteurs.

source : Libération

 

L’histoire

Heureusement à la fin de la pièce, on a pu me traduire l’histoire. Celle-ci, parsemée de croisements d’époques et de narrateurs, rapporte le destin de femmes refusant les atrocités de la guerre qui utilise des armes chimiques inventées par Fritz Haber. Le script de Duncan Macmillan est le résultat d’un complexe mélange de plusieurs écrits d’auteures féministes : Virginia Woolf, Emma Goldman, Hannah Arendt, Simone de Beauvoir ainsi que la nouvelliste et poète Mary Borden, dont le titre “the forbidden zone” a été emprunté à un de ses livres.

 

This was the beginning of what she now calls "live cinema" : performances that come alive somewhere between the chaotic scramble on stage and the smooth, cinema-quality output on the screen.

Source : The guardian

 

À propos de Katie Mitchell

Ses performances divisent la critique dont certaines, notamment la presse britannique, reprochent l’irrespect de l’œuvre initiale. La réponse de Katie Mitchell à ces critiques, est intéressante : (je cite le passage brut pour éviter une mauvaise traduction)

The question is whether you think theatre is performing and speaking words, or whether you think it's representing human behaviour," she says. "My interest is in being thorough about representing human behaviour and emotion. I love words, but I am not interested in doing live literary criticism.

source : The Guardian

C’est peut-être suite à ces critiques qu’elle trouve plus de liberté à travailler et jouer ses œuvres en Allemagne. D'après elle, dans le pays de Goethe, il est accordé d’avantage d’importance à l’interprétation du metteur en scène qu’à l’intention de l’auteur dans l'œuvre originale.

 

Des œuvres multimédia

C’est en 2006 que Katie Mitchell a commencé à réaliser cette forme d’œuvre totale, à la croisé des chemins entre le théâtre et le cinéma dans l'interprétation de la nouvelle The Waves, de Virginia Woolf.

En 2013, Atmen de Duncan Macmillan, raconte l’histoire d'un jeune couple se souciant d'avoir un bébé dans une période de réchauffement climatique et de surpopulation. Katie Mitchell a réalisé la mise en scène de façon originale faisant l'écho de l'histoire : les comédiens jouent sur des vélos d’appartement qui sont câblés pour produire l'électricité qui éclaire la scène : quand ils cessent de pédaler, la salle tombe dans l'obscurité et sonne la fin de la pièce.

 

Toujours en 2013, dans Die gelbe Tapete de Charlotte Perkins Gilman, la metteuse en scène construit un studio de cinéma en miniature: deux scène de tournage / théâtre, un écran de cinéma, une cabine dans laquelle un bruiteur crée des effets sonores en direct et une cabine dans laquelle un narrateur “dit” les pensées du personnage.

 

Bref, elle me plaît bien cette Kattie Mitchell !

 

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